De l'épopée industrielle
à la ville de demain

Fives Cail est d’abord l’histoire d’un faubourg, Fives, construit autour d’une usine, Fives Cail Babcock. De 1861 à la fermeture de ses ateliers en 1997, l’usine a connu l’effervescence des précurseurs de l’industrie régionale. Plus de six générations d’ouvriers, de contremaîtres, d’ingénieurs y ont développé un savoir-faire hors norme qui s’est exporté dans le monde. Au plus fort de son activité, Fives Cail Babcock employait près de 6000 ouvriers.

De l'épopée industrielle
à la ville de demain

Fives Cail est d’abord l’histoire d’un faubourg, Fives, construit autour d’une usine, Fives Cail Babcock. De 1861 à la fermeture de ses ateliers en 1997, l’usine a connu l’effervescence des précurseurs de l’industrie régionale. Plus de six générations d’ouvriers, de contremaîtres, d’ingénieurs y ont développé un savoir-faire hors norme qui s’est exporté dans le monde. Au plus fort de son activité, Fives Cail Babcock employait près de 6000 ouvriers.

De Fives-Lille à Fives Cail puis à Fives-Cail-Babcock

A l’origine de l’usine fivoise, quatre industriels, quatre visionnaires. Basile Parent, Pierre Schaken, Jules César Houel et Ferdinand Caillet s’associent pour fabriquer des locomotives à vapeur et des équipements dédiés à la construction des voies de chemin de fer. L’usine fait la renommée mondiale du groupe industriel auquel elle appartient. Au fil du temps, elle changera plusieurs fois de nom. En 1958, Fives-Lille devient Fives Cail, suite à la fusion de l’entreprise  Fives-Lille et des Etablissements Cail. En 1973, Fives Cail absorbe le groupe Babcock-Atlantique, pour donner à l’usine fivoise le nom qu’on lui connaîtra jusqu’à sa fermeture.

Une histoire de révolutions industrielles successives

L’histoire du groupe industriel Fives est indissociable des trois révolutions industrielles qui se sont succédées du début du XIXe siècle à nos jours. La première s’engage au début du XIXe siècle, quand les machines à vapeur bouleversent les techniques industrielles. C’est l’ère d’une nouvelle énergie et des entrepreneurs individuels, dont Jean-François Cail fait partie. Elle s’achève dans les années 1870. La massification de la production et la concentration d’entreprises caractérisent la deuxième révolution industrielle, entre les années 1880 et 1950. C’est en 1958 que la société Parent&Shaken, à l’origine de l’entreprise Fives-Lille, et les Etablissements Cail se rapprochent. La troisième révolution, qui prend place entre les années 1960 et 2000, est celle de la production flexible et de l’entreprise éclatée avec la diffusion du numérique. C’est aussi la création de grands groupes industriels comme celui de Fives-Cail-Babcock. Aujourd’hui le groupe Fives, dont le siège est basé à Paris, est spécialisé dans l’ingénierie industrielle.

Les débuts à Paris avec Charles Derosne

L’origine des Etablissements Cail date de 1812, l’année où le chimiste Charles Derosne crée à Paris des ateliers destinés à la construction de matériels de sucrerie fonctionnant à vapeur et dédiés à la distillation de betteraves. Jean-François Cail y entre adolescent comme apprenti chaudronnier. Ce fils d’agriculteur du Poitou est inventif et a le sens des affaires. Il se retrouve vite à travailler aux côtés de Charles Derosne comme directeur associé. Ensemble, ils vont dynamiser l’entreprise. L’usine parisienne grandit. Une filiale nait à Bruxelles, suivie de deux autres à Douai et Valenciennes.

L’ascension de l’apprenti Jean-François Cail

Le ferroviaire est en plein essor. Jean-François Cail comprend très vite l’intérêt de diversifier l’activité de l’entreprise dans ce domaine. En 1840, il se lance dans la construction de locomotives à vapeur et de matériels pour voies ferrées. Le succès est au rendez-vous. L’entreprise construit des locomotives Clapeyron, puis des Stephenson. Elle obtient l’exclusivité en France de la fabrication des Crampton, ces « lévriers du rail » capables de rouler à 120 km/h dès 1862.

En 1846, à la mort de Charles Derosne, Jean-François Cail prend les rênes de l’entreprise puis lui donne son nom en 1850. La société J.F Cail & Cie ouvre de nouvelles usines dans le nord de la France, à Albert et Denain, ainsi qu’à Bruxelles, Amsterdam, Moscou et Saint Petersbourg. L’homme crée à cette époque une caisse d’aide mutuelle pour les salariés. Il fait construire des crèches, des écoles et un théâtre qui deviendra plus tard le « Théâtre des Bouffes du Nord ».

Coopération avec Fives-Lille

En 1881 démarre une première coopération avec la Compagnie de Fives-Lille. Durant 9 ans, les deux entreprises construisent ensemble 708 locomotives, plus de 800 ponts et viaducs ainsi que de nombreuses installations ferroviaires en France, Italie, Espagne et Russie.

Jean-François Cail meurt à 67 ans en 1871. Il laisse derrière lui un empire industriel qui pèse 28 millions de francs or. Son nom figure parmi ceux des 72 grands hommes inscrits au fronton de la tour Eiffel.

Les débuts à Fives en 1850

L’épopée de la Compagnie de Fives-Lille remonte au début des années 1850, au moment où Basile Parent achète un terrain de 10 hectares à Fives, pour y bâtir une usine de construction mécanique. Basile Parent est un propriétaire normand et est associé à un garde de la Garde civile belge Pierre Schaken. Implantée à Oullins près de Lyon, leur entreprise a construit quelques années plus tôt le premier chemin de fer de Belgique, entre Bruxelles et Malines. 

Première coopération avec Cail

Lille est bien desservie par les transports fluviaux. L’endroit est facile à approvisionner en houille et en fer. L’activité bat son plein. Pour pouvoir honorer ses commandes, la société s’associe avec les Etablissements Cail qui ont une usine à une cinquantaine de kilomètres de Lille (à Denain). En 1861, les deux entreprises concurrentes s’allient pour 9 ans. Elles réalisent en commun des locomotives, des ponts, des viaducs et des charpentes métalliques.

L’industriel lillois en plein essor

En 1865, l’usine lilloise devenue la « Compagnie de Fives-Lille », emploie 1  500  ouvriers. Elle compte 95 forges et 500 machines outils. Elle construit 80 locomotives par an. En août 1867, l’empereur Napoléon III vient visiter en personne les ateliers de Fives. La même année, l’entreprise est récompensée à l’exposition universelle de Paris pour ses appareils de préparation mécanique de minerais, ses machines à vapeur, ses locomotives et ses ponts métalliques. Rien ne semble pouvoir freiner la réussite de l’industriel lillois.

La guerre de 1870 et la crise de 1876

Dès le début de la guerre, la « Compagnie Fives-Lille » et les Etablissements Cail se lancent dans la fabrication d’armements. Dans le même temps, Cail construit 300 moulins à Paris pour approvisionner en farine la ville assiégée.

Quand la coopération entre les deux sociétés prend fin, l’usine de Fives se met à construire du matériel de sucrerie. Cette activité prend de l’ampleur. L’entreprise prospère mais la crise de 1876 marque un coup d’arrêt aux commandes françaises. La Compagnie part alors prospecter à l’international. Une dizaine d’années plus tard, ses réalisations s’exportent dans le monde entier. Elle construit des ponts en Egypte, installe des machines à vapeur en Guyane, intervient en Chine et au Venezuela. En Argentine, il y a même un village nommé Fives-Lille.  

Reprise après la crise

A la fin du XIXème siècle, les grands travaux reprennent en France. La Compagnie construit le pont Boieldieu à Rouen, ouvre une ligne de métro à Paris, réalise les ascenseurs de la tour Eiffel, participe à la construction des charpentes de la gare d’Orsay. De 1861 à 1905, plus de 2 000 ponts, plusieurs gares et plus de 2 000 locomotives sortent de ses ateliers.

La guerre de 14-18

La Première Guerre mondiale interrompt brutalement la croissance de la société. En octobre 1914, Lille est occupée. L’usine de Fives est pillée. Ses équipements sont expédiés en Allemagne.

Entre les deux guerres

Après la guerre, Fives-Lille se reconstruit. La Compagnie retrouve dès 1922 sa capacité de production initiale dans les sucreries, les chemins de fer et les travaux publics. Ses machines à vapeur servent à actionner les moissonneuses-batteuses jusqu’alors tirées par des chevaux et des bœufs. 

La seconde guerre mondiale

La guerre 39-45 marque un nouveau coup d’arrêt à l’expansion de la Compagnie. En mai 1940, l’usine de Fives est réquisitionnée. Elle sera sabotée et neutralisée durant plusieurs mois par la Résistance. Pilonnée en 1944 par l’aviation alliée, elle réussira une nouvelle fois à rebondir quand la guerre est terminée. Un monument en hommage aux ouvriers déportés, fusillés et disparus pendant la seconde guerre mondiale est aujourd’hui érigé  boulevard de l’Usine à Lille, face aux anciens bureaux de l’usine aujourd’hui Bourse du travail.

Une mutuelle de santé chez Cail

Au milieu des années 1800, les Etablissements Cail créent une caisse d’aide mutuelle où sont versés 9 % des bénéfices de la société. L’entreprise vit une époque faste. Elle investit dans l’immobilier et achète de nombreux logements à Paris pour son personnel.

Des formations soutenues par Fives-Lille

De son côté, en 1882, Fives-Lille met en place des institutions de prévoyance et intéresse les ouvriers aux bénéfices. L’usine soutient l’école des ouvriers chauffeurs mécaniciens et contribue à la formation des élèves ingénieurs de l’Institut Industriel du Nord devenu aujourd’hui l’Ecole Centrale de Lille.

Des logements pour le personnel à Fives

Après la première guerre mondiale, la société commence à développer son propre parc immobilier. Ce parc prend de l’ampleur au lendemain de la seconde guerre mondiale. Cette politique vise à permettre au personnel d’habiter autour de l’usine. Fives-Lille possède jusqu’à mille habitations. Et comme ce n’est pas suffisant, elle en loue d’autres. Tous ces logements sont attribués à son personnel. Le salarié ainsi logé doit rendre son habitation lorsqu’il quitte la société.

L’histoire de Pierre Degeyter, ouvrier compositeur

Ouvrier modeleur à l’usine de Fives, Pierre Degeyter compose en 1888 la musique du chant révolutionnaire l’Internationale sur un texte écrit par Eugène Pottier, un parisien communard. Jouée dans la ville lors d’une sortie carnavalesque, la chanson rencontre très vite un vif succès. Mais elle entrainera le licenciement de Pierre Degeyter, qui se voit contraint de quitter la ville de Lille. Il meurt à Saint-Denis en 1932. Près de 50 000 personnes assistent à ses funérailles.

Les prémices des comités d’entreprises

L’accord Dyot-Lemesle entre les délégués et le ministre Ambroise Croizat, qui donnera plus tard naissance aux comités d’entreprises, prend forme en 1945 dans l’usine de Fives, sous l’impulsion de ses ouvriers. 

De Fives-Lille Cail à FCB

L’entrée en vigueur du marché commun en 1958 est une nouvelle étape. Les compagnies Fives-Lille et Cail mutualisent leurs moyens d’étude et de production. Elles créent le groupe en fusionnant et concentrent leurs activités sur les sucreries, les cimenteries, les équipementssidérurgiques et les matériels pour le traitement des minerais.

Dans les années 60, le groupe se diversifie dans la manutention. Quand il absorbe le chaudiériste Babcock-Atlantique en 1973, il devient le plus important groupe français dans le secteur de la mécanique lourde.

L’essor de Fives-Cail-Babcock FCB

FCB achète des entreprises de mécanique en difficulté qu’il remet sur pied. Le groupe renforce ainsi ses positions dans le traitement de minerais, la production de chaudières, la fabrication d’équipements pour les industries laitières et vinicoles, la production de compresseurs et de concasseurs, la réalisation de centres d’épuration de gaz et de brûleurs.

Déclin des activités de production

Après le choc pétrolier de 1979, les carnets de commande se vident en France et ailleurs dans le monde. Après une expérience malheureuse en grande distribution, le groupe doit se restructurer. De 7 200 salariés en 1975, ses effectifs passent à 3 000 en 1985.

Renouveau dans l’ingénierie

FCB se transforme en société d’ingénierie industrielle à l’approche du XXIème siècle. Le groupe intègre à nouveau de nombreuses sociétés. Le groupe Fives-Lille recentre ses activités dans l’aluminium, l’acier, le ciment, l’énergie, l’automobile et la logistique. Elle participe à la construction d’énormes alumineries au Moyen Orient et de gigantesques lignes de production sidérurgique en Chine.

Fermeture de l’usine

A l’issue de ce repositionnement dans l’ingénierie industrielle, FCB ferme ses ateliers de fabrication en 1997. Les activités d’ingénierie de l’entreprise sont réorganisées en deux sociétés, Fives Cail (sucre) et Fives FCB (ciment) qui s’installent à Villeneuve d’Ascq. L’usine de Fives ferme ses portes définitivement en 2001.  En 2007, FCB devient Fives, une marque internationale présente sur les cinq continents, qui compte aujourd’hui plus de 8000 salariés.